Lumina Sophie dite « Surprise »

Dessin par Kay
Dessin par Kay

Marie Philomène Sophie naquit la même année que l’abolition de l’esclavage en 1848, le 5 novembre au Vauclin en Martinique, sur l’habitation La Broue.

C’est plus tard que l’administration française lui imposera à elle et à sa mère, Marie Sophie dite Zulma le nom de famille Roptus en lieu et place de Sophie. Malgré ça, Marie Philomène sera aux yeux de tous Lumina (diminutif de Philomène) et gardera son nom de famille de naissance.

Elle a été depuis l’enfance, tout comme les nouveaux libres et leurs enfants, confrontée aux vies paysanne et ouvrière, d’abord auprès de sa grand-mère Reine Sophie, de sa mère Zulma et de ses tantes et ce jusqu’à la mort de Reine Sophie, qui sera le point de départ d’une rupture au sein de cette famille élargie. Lumina a alors 6 ans.

En 1870, alors qu’elle va sur ses 22 ans (les comptes-rendus du conseil de guerre de 1870 indique qu’elle avait 19 ans à cette date, ce qui est incompatible avec sa date de naissance) et qu’elle est consciente de l’injustice sociale qui règne en Martinique, elle voit se produire la lourde condamnation de Léopold Lubin.

Lubin, un riche entrepreneur noir du Marin, avait été roué de coups par Augier de Maintenon, aide-commissaire de marine et chef de service au bourg du Marin car il ne s’était pas incliné devant lui après avoir cédé le passage à l’arrogant continental sur un chemin étroit. La plainte de Lubin ne fut pas prise en compte par les autorités.

Ayant pris la décision de se venger de cette injustice, de son humiliation et son agression, il sera pour sa part condamné à 5 ans de bagne et à 1500 francs, soit 150 000 Frs. d’après 1958 et 22 867 € d’indemnités (sans compter l’inflation) à verser à Maintenon.

De plus, le béké propriétaire de l’habitation La Mauny, Cléo Codé qui fut membre du jury ayant condamné Léopold Lubin, hisse chez lui un drapeau blanc symbole royaliste adopté par les nostalgiques du temps de l’esclavage et se vante publiquement d’avoir été actif dans la condamnation de Lubin.

Cette double affaire fut le point de départ de l’Insurrection du Sud de la Martinique, qui vit le jour à la date de proclamation de la République le 22 septembre 1870 à Rivière Pilote.

La foule exigeait la libération de Léopold Lubin mais aussi la revalorisation des salaires des travailleurs et travailleuses, le désarmement des blancs du bourg, une restitution et un partage équitable des terres détenues par les békés ainsi que la tête de Codé.

Lumina alors enceinte de deux mois fut, comme toutes les femmes qui prirent part à l’insurrection, très active dans celle-ci. Elle était à la tête de 600 insurgé-e-s.

L’insurrection fut réprimée dans le sang jusqu’en 1871 par les troupes de la nouvelle république associée à des volontaires civils, essentiellement des bourgeois blancs et de couleur non-noirs recrutés à St Pierre et Fort de France dans un contexte d’état d’urgence. Lumina fut arrêté 26 septembre 1870 et elle fut avec les insurgés arrêtés mise en procès devant un conseil de guerre.

Le 28 avril 1871, elle accoucha d’un fils qui lui fut immédiatement retiré et nommé Théodore Lumina par l’administration pénitentiaire républicaine. Il mourut en prison 14 mois plus tard, le 10 juillet 1872.

Pour avoir incendié deux habitations (dont une en deux fois), Lumina sera condamnée le 10 juin 1871 aux travaux forcés à perpétuité et envoyée au bagne de Saint Laurent du Maroni en Guyane où elle arriva le 22 décembre 1871.
Elle fut forcée d’y épouser un bagnard venu du nord de la France et ayant purgé sa peine, Marie Léon Joseph Félix, le 4 août 1877.

Ses conditions de vie et les mauvais traitement qu’elle subit l’épuisent, la rendent malade et provoquent sa mort prématurée le 15 décembre 1879 alors qu’elle n’est âgée que de 31 ans.

Sources :

Biographie abrégée par Marie Joe Hardy-Dessources Sellaye sur le blog de Gilbert Pago

Une Autre Histoire (Pages de Lumina Sophie dite Surprise et de la Grande Insurrection du Sud de la Martinique)

La chronologie des événements du site du Pati Kominis pour lendepandans ek sosyalizm (Parti communiste indépendantiste : pkls)

Le compte rendu du conseil de guerre à l’encontre des insurgé-e-s de septembre 1870

Le dossier de recherche rédigé par Lionel Pubellier pour les cours d’histoire en Martinique [PDF].

Une biographie de Lumina Sophie

Compte rendu par Sébastien Jahan du livre de Gilbert Pago, « L’insurrection de Martinique (1870-1871) », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique [En ligne], 116-117 | 2011, mis en ligne le 01 janvier 2014, consulté le 17 août 2016. URL : http://chrhc.revues.org/2411

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